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Devoir de conseil en assurance : le guide de l’intermédiaire

DEVOIR DE CONSEIL EN ASSURANCE

Bien conseiller ne suffit pas : il faut pouvoir le prouver.

Ce que le Code impose avant chaque signature, ce que l’ACPR vérifie et ce que le cabinet doit conserver.

Qu’est-ce que le devoir de conseil en assurance ?

Le devoir de conseil oblige tout distributeur d’assurance, avant la conclusion d’un contrat, à préciser par écrit les exigences et les besoins du client, à l’informer objectivement sur le produit et à lui conseiller un contrat cohérent avec ces besoins, en motivant ce conseil. Prévu par l’article L. 521-4 du Code des assurances, qui transpose la directive sur la distribution d’assurances (DDA), le devoir de conseil s’impose aux courtiers, agents généraux et mandataires comme aux assureurs qui vendent en direct.

Il découle d’un principe plus large : agir « de manière honnête, impartiale et professionnelle » au mieux des intérêts du client (L. 521-1).

3

niveaux de conseil : conseil, recommandation personnalisée, analyse impartiale

4 ans

sans opération en assurance vie : les informations du client sont actualisées (2 ans après une recommandation personnalisée)

2 mois

au plus pour répondre à une réclamation écrite, selon l’ACPR

Quels sont les trois niveaux de conseil prévus par le Code ?

L’ACPR décrit un socle obligatoire, que vous pouvez compléter par deux services plus exigeants. La France n’a pas retenu l’option de la directive autorisant une vente sans conseil pour les produits non complexes : le premier niveau s’applique à chaque contrat.

NiveauCe que vous devez faireArticle
Conseil (obligatoire)Écrire les exigences et les besoins, informer objectivement, conseiller un contrat cohérent et dire pourquoiL. 521-4 I
Recommandation personnalisée (facultative)Expliquer pourquoi, parmi plusieurs contrats ou options, un ou plusieurs correspondent le mieux aux besoinsL. 521-4 II
Analyse impartiale (facultative)Analyser un nombre suffisant de contrats du marché pour recommander les plus adaptésL. 521-2 II 1° c
Assurance vie et capitalisationVérifier en plus que le contrat est approprié à la situation financière, aux objectifs et à l’expérience du clientL. 522-5

L’exigence reste proportionnée : les précisions sont « adaptées à la complexité du contrat » (L. 521-4 III). Les grands risques et la réassurance en sont exclus (L. 521-5) ; les petites garanties vendues à titre accessoire avec un bien ou un service relèvent d’un régime allégé (L. 513-1 et L. 513-2).

Que change le devoir de conseil en assurance vie ?

Pour l’assurance vie comportant une valeur de rachat et la capitalisation, l’article L. 522-5 renforce le conseil. Vous vous renseignez sur la situation financière du client, ses objectifs d’investissement, ses préférences en matière de durabilité, ses connaissances et son expérience financières, puis justifiez par écrit que le contrat lui est approprié.

Le conseil se poursuit ensuite dans la durée : vous actualisez les informations et réexaminez le contrat lorsque vous apprenez un changement de situation, à l’occasion de toute opération significative, et après quatre ans sans opération autre que programmée, ou deux ans en cas de recommandation personnalisée (L. 522-5 III et A. 522-2). Cette actualisation périodique n’est pas due si le client la refuse ou ne répond pas après une relance sur support durable. Voir les produits d’investissement fondés sur l’assurance.

Quelles informations devez-vous remettre avant la signature ?

Ces informations portent sur vous autant que sur le produit :

  • ›Votre identité — nom, adresse, immatriculation et liens financiers avec des assureurs (L. 521-2 I et R. 521-1).
  • ›Votre service — si vous fournissez une recommandation, et le nom des assureurs avec qui vous travaillez, sauf analyse impartiale du marché.
  • ›Votre rémunération — honoraires, commission, autre avantage ou combinaison, et le montant des honoraires payés par le client ou leur méthode de calcul (L. 521-2 II).
  • ›Les recours — procédure de réclamation, médiation et coordonnées de l’ACPR (R. 521-1).
  • ›Le produit — en non-vie, le document d’information normalisé sur le produit d’assurance (DIPA) établi par le concepteur (L. 112-2), voir le devoir d’information précontractuelle ; en assurance vie, les coûts et frais agrégés et des mises en garde sur les risques (L. 522-3).

Le support de principe est le papier, ou un autre support durable choisi par le client ; un site internet n’est admis que sous conditions (L. 521-6), et un exemplaire papier reste gratuit sur demande (R. 521-2).

Comment prouver que le conseil a été donné ?

Le Code exige que les exigences et les besoins soient précisés « par écrit » (L. 521-4). Dans sa recommandation sur le recueil des informations relatives au client, l’ACPR rappelle que vous devez pouvoir justifier de la conservation des informations recueillies et de la remise au client du conseil et de ses raisons. Hors assurance vie, elle demande que ces raisons soient écrites sur support durable et « de manière spécifique ».

Elle avait déjà prévenu que la motivation ne doit pas « renvoyer de façon elliptique aux conditions générales ». Dans une enquête sur les contrats d’indemnité journalière en cas d’hospitalisation, elle a relevé des recueils lacunaires, des recueils communs à différents types de produits et des fiches de conseil standardisées.

Aucune durée de conservation n’est fixée par les articles du Code consacrés au conseil. L’ACPR invite à garder ces éléments pendant toute la durée du contrat et au-delà, selon les règles de prescription ; les pièces de vigilance antiblanchiment se conservent cinq ans après la fin de la relation (L. 561-12 du Code monétaire et financier). Voir la conservation des documents de conseil et des attestations DDA.

Formaliser un conseil en six étapes

D’après le Code et cette recommandation de l’ACPR, la démarche tient en six temps :

  • 1Annoncer votre statut — identité, immatriculation, rémunération et niveau de conseil, avant la conclusion du contrat.
  • 2Recueillir les informations — par des questions claires, en demandant aussi les contrats déjà détenus pour éviter un cumul d’assurances.
  • 3Écrire les exigences et les besoins — avant toute proposition, en relevant les réponses incohérentes ou incomplètes.
  • 4Vérifier le marché cible — le conseil doit rester cohérent avec le public visé par le produit.
  • 5Motiver le conseil — expliquer les garanties et leurs restrictions, puis écrire les raisons du choix sur support durable.
  • 6Conserver et suivre — archiver le dossier et, si le produit le justifie, reprendre contact à échéance régulière.

Que contrôle l’ACPR et que risque l’intermédiaire ?

L’ACPR veille à la protection des clients et contrôle le respect du Code des assurances (L. 612-1 du Code monétaire et financier). Elle peut contrôler tout intermédiaire (L. 612-2), sur pièces ou sur place (L. 612-23), et demander tout document, quel qu’en soit le support (L. 612-24). Voir le guide La conformité ACPR de l’intermédiaire en assurance.

L’autorité dispose de plusieurs outils : la mise en garde (L. 612-30), la mise en demeure de se mettre en conformité (L. 612-31) et, devant la commission des sanctions, des sanctions fixées selon la gravité du manquement, de l’avertissement à la radiation du registre de l’ORIAS ou à l’interdiction d’exercer, avec une sanction pécuniaire possible (L. 612-41).

Le risque est aussi civil : l’employeur ou le mandant répond des fautes de ses salariés et mandataires (L. 511-1 IV), et chaque intermédiaire doit être couvert par une responsabilité civile professionnelle, sauf si son mandant le couvre ou répond de ses actes (L. 512-6).

Quelles autres obligations accompagnent le conseil ?

L’organisation d’ensemble du cabinet est présentée dans le guide Le métier de courtier en assurance. Quatre chantiers prolongent directement le conseil :

  • ›Les réclamations — selon la recommandation de l’ACPR sur leur traitement : accusé de réception sous dix jours ouvrables, réponse écrite dans les deux mois, enregistrement. Un mécontentement sur le conseil reçu est une réclamation.
  • ›Les données personnelles — le recueil se limite aux données pertinentes et proportionnées, rappelle l’ACPR en renvoyant au RGPD : voir RGPD et courtier en assurance.
  • ›La lutte contre le blanchiment — les intermédiaires d’assurance y sont assujettis, sous une exception prévue par l’article L. 561-2 du Code monétaire et financier : voir les obligations de vigilance LCB-FT.
  • ›La formation continue — quinze heures par an au moins (R. 512-13-1), sur des thèmes qui incluent la traçabilité du conseil, les réclamations, les données personnelles et l’antiblanchiment (A. 512-8) : voir la formation continue en assurance.

Questions fréquentes

Le devoir de conseil s’applique-t-il à tous les contrats ?+

Oui, avant la conclusion de tout contrat d’assurance, hors grands risques et réassurance ; certaines petites garanties vendues à titre accessoire relèvent d’un régime allégé. Son intensité dépend de la complexité du contrat.

Un conseil donné oralement suffit-il ?+

Non. Le Code impose de préciser par écrit les exigences et les besoins du client et de lui remettre l’information sur papier ou sur un autre support durable. C’est cet écrit qui permet ensuite de prouver le conseil.

Quelle différence entre conseil et recommandation personnalisée ?+

Le conseil, obligatoire, propose un contrat cohérent avec les besoins du client et dit pourquoi. La recommandation personnalisée, facultative, explique pourquoi, parmi plusieurs contrats ou options, l’un d’eux correspond le mieux à ces besoins.

Combien de temps garder la preuve du conseil ?+

Les articles du Code consacrés au conseil ne fixent pas de durée. L’ACPR invite à les conserver pendant toute la durée du contrat et au-delà, selon la prescription ; les pièces antiblanchiment se gardent cinq ans après la fin de la relation.

Le devoir de conseil s’arrête-t-il à la signature ?+

Pas en assurance vie : le conseil est actualisé lors d’un changement de situation, d’une opération significative ou après quatre ans sans opération (deux ans après une recommandation personnalisée). Pour les autres contrats, l’ACPR recommande un contact périodique lorsque le produit le justifie.

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