Aller au contenu principal
Statuts & Métiers

Changement de forme juridique courtier assurance : capacité IAS, ORIAS et obligations DDA lors du passage d’EI à SARL en 2025

12 min de lecture

Changement de forme juridique courtier assurance : capacité IAS, immatriculation ORIAS et obligations DDA lors du passage d’EI à SARL en 2025

Le changement de forme juridique d’un intermédiaire en assurance — notamment le passage d’une entreprise individuelle (EI) à une société à responsabilité limitée (SARL) ou à une société par actions simplifiée (SAS) — constitue l’une des opérations les plus délicates sur le plan réglementaire. Contrairement à une simple modification administrative, cette transformation emporte des conséquences directes sur la capacité professionnelle IAS, sur l’immatriculation ORIAS et sur les obligations de formation continue DDA. En 2025, dans un contexte de contrôle renforcé par l’ACPR, il est impératif de comprendre exactement ce que cette transition implique avant d’engager la moindre démarche auprès du greffe du tribunal de commerce. Cet article vous apporte un éclairage juridique précis et opérationnel.

Pourquoi le changement de forme juridique n’est pas une simple formalité pour un intermédiaire en assurance

En droit commun des sociétés, la transformation d’une entreprise individuelle en société implique la création d’une nouvelle personne morale, distincte de la personne physique du dirigeant. Or, l’immatriculation au registre ORIAS — registre unique des intermédiaires en assurance, en banque et en finance — est délivrée à une entité juridique déterminée. Elle ne se transfère pas automatiquement d’une personne physique à une personne morale nouvellement constituée. Le principe est donc celui d’une nouvelle immatriculation pour la société créée, et non d’un simple amendement de la fiche existante.

Ce point est fondamental : la SARL nouvellement créée doit déposer un dossier complet auprès de l’ORIAS, justifier des conditions d’accès à la profession prévues aux articles L. 512-1 et suivants du Code des assurances, et satisfaire à l’ensemble des exigences réglementaires comme si elle était un nouvel entrant. La continuité d’activité n’est donc pas garantie de plein droit. L’intermédiaire qui oublierait cette étape exercerait en dehors de toute habilitation légale, s’exposant à des sanctions pénales et administratives. L’ACPR est particulièrement vigilante sur ce point depuis l’entrée en vigueur de la directive DDA 2016/97/UE transposée en droit français.

Capacité professionnelle IAS du dirigeant : faut-il tout repasser lors du changement de forme juridique ?

La capacité professionnelle IAS est attachée à la personne physique qui la détient, et non à la structure juridique dans laquelle elle exerce. Lorsqu’un courtier exerçant en EI crée une SARL dont il devient le gérant, sa capacité IAS — qu’il s’agisse du niveau IAS 1 (courtier), IAS 2 (mandataire d’assurance) ou IAS 3 (mandataire d’intermédiaire) — reste valable à titre personnel. Il n’est pas nécessaire de repasser les examens ou de suivre une nouvelle formation initiale pour la société.

En revanche, la SARL devra désigner un responsable de la distribution au sens de l’article L. 512-6 du Code des assurances, qui doit justifier de la capacité professionnelle requise pour la catégorie d’immatriculation sollicitée. Si le gérant fondateur, déjà titulaire de la capacité IAS 1, occupe ce rôle, le problème ne se pose pas. La difficulté surgit lorsque la gouvernance de la nouvelle société fait intervenir des associés ou des dirigeants sans capacité propre : dans ce cas, la société ne pourra pas être immatriculée tant qu’au moins une personne physique compétente n’est pas désignée responsable de la distribution.

Il convient également de distinguer la situation du dirigeant unique de celle d’une SARL à associés multiples. Dans ce dernier cas, si plusieurs personnes participent à l’acte de distribution, chacune doit justifier d’une capacité professionnelle IAS adaptée ou être couverte par la capacité du responsable de la distribution, selon les règles de délégation prévues par la réglementation. Pour approfondir les mécanismes de couverture par délégation au sein d’un réseau, vous pouvez consulter notre article sur la formation des préposés non-salariés et la capacité IAS dans les réseaux de mandataires.

Tableau comparatif des niveaux de capacité IAS applicables selon la catégorie ORIAS

Catégorie ORIASNiveau de capacité IAS requisCondition de dirigeant / responsable distributionFormation initiale minimum
COA (Courtier)IAS 1Dirigeant ou responsable désigné doit détenir IAS 1150 heures ou expérience professionnelle justifiée
MIA (Mandataire d’assurance)IAS 2Responsable distribution IAS 2 minimum150 heures ou VAE selon parcours
MIIA (Mandataire d’intermédiaire)IAS 3Responsable distribution IAS 3 minimum75 heures ou expérience validée
AGA / AOAIAS 1 ou IAS 2 selon activitéResponsable désigné avec niveau correspondantVariable selon ancienneté et activité

La nouvelle immatriculation ORIAS de la SARL : procédure, délais et risques d’interruption d’activité

La SARL nouvellement constituée doit déposer un dossier d’immatriculation ORIAS complet, incluant notamment les statuts de la société, le justificatif d’inscription au RCS, l’attestation d’assurance de responsabilité civile professionnelle (RCP) au nom de la personne morale, la justification de la capacité professionnelle du responsable de la distribution, ainsi que les justificatifs d’honorabilité des dirigeants. L’ORIAS traite les demandes d’immatriculation dans un délai moyen de deux à quatre semaines, selon la complétude du dossier.

Pendant cette période d’instruction, l’EI initiale doit maintenir son immatriculation active si elle continue à exercer. Il est juridiquement impossible de distribuer des produits d’assurance sans immatriculation valide, quelle que soit la structure. L’erreur classique consiste à radier l’EI dès la création de la SARL, avant que celle-ci ait obtenu son propre numéro ORIAS : cette situation crée une interruption d’activité illégale, susceptible d’engager la responsabilité personnelle du gérant et d’alerter l’ACPR. La procédure de contrôle de l’ACPR inclut la vérification de la continuité de l’immatriculation, notamment lors des missions de supervision sur pièces.

Il est donc recommandé d’adopter une stratégie de transition séquencée : créer la SARL, déposer le dossier ORIAS, attendre la confirmation d’immatriculation, puis procéder à la cessation d’activité de l’EI. Cette démarche implique une période de coexistence des deux structures, ce qui peut avoir des implications fiscales et sociales à anticiper avec un expert-comptable. Notez également que tout changement significatif de gouvernance ou de structure doit être déclaré à l’ORIAS dans le délai réglementaire de mise à jour, sous peine de sanctions comme détaillé dans notre article sur les sanctions ACPR en cas de défaut de mise à jour de la fiche ORIAS.

Les documents obligatoires pour le dossier ORIAS de la nouvelle société

  • Statuts de la SARL certifiés conformes et extrait Kbis à jour
  • Attestation de RCP souscrite au nom de la personne morale (couverture minimale réglementaire : 1 500 000 € par sinistre et 2 000 000 € par année d’assurance pour les COA)
  • Justificatif de capacité professionnelle du ou des responsables de la distribution (diplôme, attestation de formation, ou justificatif d’expérience)
  • Bulletin n° 3 du casier judiciaire de chaque dirigeant et associé majoritaire (moins de 3 mois)
  • Déclaration d’honorabilité et absence de condamnation pour chaque personne concernée
  • Justificatif de garantie financière le cas échéant (si la société manie des fonds clients)
  • Contrat de mandat ou convention avec la ou les compagnies mandantes, selon la catégorie visée

Obligations DDA pendant et après la transition : formation continue et devoir de conseil

La Directive sur la Distribution d’Assurances (DDA) impose à tout intermédiaire en assurance une formation continue de 15 heures par an, conformément à l’article L. 513-3 du Code des assurances. Cette obligation est attachée à chaque personne physique qui participe à la distribution, et non à la structure juridique. Le changement de forme juridique ne remet donc pas le compteur à zéro : les heures de formation DDA effectuées au cours de l’année civile en cours sont conservées, quelle que soit la structure dans laquelle elles ont été accomplies.

En revanche, la SARL nouvellement immatriculée doit immédiatement mettre en place un dispositif de suivi de la formation continue pour l’ensemble de ses collaborateurs participant à la distribution. Cela inclut la tenue d’un registre des formations, la collecte des attestations de suivi et la désignation d’un responsable de la conformité DDA au sein de la structure. L’ACPR peut demander à tout moment la production de ces justificatifs, et la transition juridique ne constitue pas une excuse recevable en cas de lacune documentaire. Pour les nouvelles immatriculations, il est utile de savoir si les heures DDA effectuées avant l’immatriculation ORIAS sont comptabilisées.

Par ailleurs, le passage en société impose souvent une refonte des outils de documentation du devoir de conseil : les fiches de recueil des besoins, les rapports de présentation, et les lettres de mission doivent désormais être émis au nom de la SARL, et non plus de l’entrepreneur individuel. Les contrats conclus sous l’EI ne sont pas automatiquement transférés à la nouvelle société : des avenants ou de nouveaux mandats doivent être signés avec les assureurs et les clients selon les cas. Enfin, la politique de gouvernance des produits (POG) doit être mise à jour pour refléter la nouvelle entité distributrice, conformément aux exigences DDA applicables aux intermédiaires.

Points de vigilance DDA spécifiques à la transition EI vers SARL

  • Vérifier que toutes les conventions de distribution signées avec les compagnies d’assurance sont bien renouvelées au nom de la SARL
  • Mettre à jour les documents précontractuels remis aux clients (DER, IPID, fiche d’information) avec les coordonnées et le numéro ORIAS de la nouvelle société
  • S’assurer que le site internet et les supports de communication mentionnent le nouveau numéro ORIAS dès l’immatriculation effective
  • Archiver les dossiers clients de l’EI en respectant les durées légales de conservation, indépendamment de la clôture de l’entreprise individuelle
  • Informer les clients professionnels du changement de structure, notamment si des mandats de gestion ou des délégations avaient été accordés à titre personnel
  • Revoir la politique de rémunération et de conflits d’intérêts dans le contexte de la nouvelle gouvernance sociétale

Cas particulier : le changement de catégorie ORIAS simultané au changement de forme juridique

Certains intermédiaires profitent du passage en société pour changer simultanément de catégorie ORIAS — par exemple, passer de mandataire d’assurance (MIA) à courtier (COA), ou cumuler plusieurs catégories. Cette démarche est techniquement possible mais complexifie encore davantage la procédure, car la nouvelle société doit satisfaire aux conditions cumulatives de chaque catégorie visée. Les exigences en matière de capacité professionnelle, de RCP et de garantie financière varient selon les catégories, et un dossier incomplet ou incohérent sera systématiquement rejeté par l’ORIAS.

Si vous envisagez par exemple de cumuler les catégories COA et MIA dans votre nouvelle SARL, les conditions de capacité IAS et les obligations déclaratives propres à chaque catégorie s’appliquent de manière indépendante. Ce sujet est traité en détail dans notre analyse sur le cumul COA et MIA sur une même immatriculation ORIAS. Il est vivement conseillé de faire valider la composition du dossier par un juriste spécialisé avant tout dépôt, afin d’éviter les délais induits par un refus de dossier.

Dans tous les cas, le changement de forme juridique ne doit jamais être dissocié d’une analyse complète de la stratégie de distribution de la nouvelle entité : les contrats portés, les flux de commissions, la structure de gouvernance interne et les relations avec les compagnies mandantes forment un ensemble cohérent qui doit être anticipé bien en amont de l’opération de transformation juridique.

Questions fréquentes

Doit-on repasser la capacité IAS lors du passage d’EI à SARL ?

Non. La capacité professionnelle IAS est attachée à la personne physique qui la détient et non à la forme juridique de l’entreprise. Le gérant d’une SARL qui était auparavant courtier en EI conserve intégralement sa capacité IAS 1 à titre personnel. Il lui suffira de justifier de cette capacité dans le dossier d’immatriculation ORIAS de la nouvelle société, en qualité de responsable de la distribution. Aucune formation initiale supplémentaire n’est requise de ce seul fait.

L’immatriculation ORIAS de l’EI est-elle transférable à la nouvelle SARL ?

Non. L’immatriculation ORIAS ne se transfère pas automatiquement d’une personne physique à une personne morale. La SARL doit déposer un nouveau dossier complet auprès de l’ORIAS et obtenir un numéro d’immatriculation distinct. Pendant la période d’instruction du dossier, l’EI doit maintenir son immatriculation active si elle continue à exercer, afin d’éviter toute interruption illégale d’activité. academieconformite.fr vous accompagne pour préparer les justificatifs de capacité professionnelle nécessaires au dossier.

Les heures de formation DDA effectuées en EI sont-elles perdues lors du passage en SARL ?

Non. Les 15 heures de formation continue DDA obligatoires par an sont comptabilisées au niveau de chaque personne physique distributrice, indépendamment de la structure juridique dans laquelle elle exerce. Les heures accomplies sous l’EI restent valables pour l’année civile en cours. En revanche, la nouvelle SARL devra immédiatement organiser le suivi administratif de ces obligations pour l’ensemble de ses collaborateurs distributeurs, y compris en désignant un responsable de la conformité DDA.

Quelle est la principale erreur à éviter lors de la transformation EI en SARL pour un courtier en assurance ?

La principale erreur est de radier l’EI auprès de l’ORIAS avant que la SARL ait obtenu sa propre immatriculation. Cette situation crée une interruption d’activité non autorisée, constitutive d’une infraction passible de sanctions pénales (article L. 512-8 du Code des assurances) et susceptible de déclencher un contrôle de l’ACPR. La bonne pratique consiste à maintenir les deux structures en parallèle le temps que l’immatriculation de la SARL soit confirmée, puis à procéder à la cessation de l’EI. academieconformite.fr recommande de planifier cette transition avec un minimum de deux mois d’avance.

Vous transformez votre entreprise individuelle en société et souhaitez sécuriser la capacité professionnelle de vos dirigeants et collaborateurs ? Académie Conformité propose des formations IAS 1, IAS 2 et IAS 3 entièrement en ligne, reconnues et éligibles à la capacité professionnelle exigée par l’ORIAS. Nos programmes incluent également les 15 heures annuelles de formation continue DDA avec attestation immédiate. Découvrez nos formations sur academieconformite.fr et préparez votre dossier ORIAS en toute conformité.

Articles qui pourraient vous intéresser

13 min de lecture

Perte de la condition d’honorabilité d’un intermédiaire en assurance : conséquences sur l’immatriculation ORIAS, retrait de capacité IAS et procédure ACPR en 2025

La perte de la condition d'honorabilité entraîne la radiation immédiate de l'immatriculation ORIAS et le retrait de la capacité professionnelle IAS, quelle que soit la catégorie concernée. Découvrez les conséquences exactes sur les catégories IAS 1, IAS 2 et IAS 3, ainsi que la procédure disciplinaire ACPR applicable en 2025.