Capacité IAS distincte pour mandat de gestion courtier ORIAS : faut-il une habilitation supplémentaire ?
La question de la capacité IAS distincte pour un courtier souhaitant exercer un mandat de gestion pour compte de tiers est l’une des plus fréquemment posées à l’ORIAS et à l’ACPR. Beaucoup de professionnels immatriculés en catégorie COA (courtier ou société de courtage en assurances) pensent, à tort, que leur inscription unique suffit à couvrir l’ensemble des activités qu’ils souhaitent développer. Or, le régime des intermédiaires en assurance posé par le Code des assurances est précis : chaque catégorie d’intermédiation correspond à un périmètre d’activité délimité, à des exigences de capacité professionnelle spécifiques et, le cas échéant, à une immatriculation distincte. Ignorer cette règle expose le professionnel à des sanctions administratives lourdes de la part de l’ACPR et à une nullité des actes accomplis en dehors du cadre légal.
Les catégories d’immatriculation ORIAS et leur périmètre d’activité
Le registre ORIAS distingue cinq catégories d’intermédiaires en assurance : les courtiers (COA), les agents généraux (AGA), les mandataires d’assureurs (MA), les mandataires d’intermédiaires (MIA) et les intermédiaires en opérations de banque et services de paiement (IOBSP). Chaque catégorie est définie par les articles L511-1 et suivants du Code des assurances, qui fixent avec précision le type d’activité autorisé. Le courtier, en tant qu’intermédiaire indépendant, a vocation à présenter, proposer ou aider à conclure des contrats d’assurance pour le compte de ses clients. Il agit comme mandataire de l’assuré, non de l’assureur.
La gestion pour compte de tiers dans le domaine assurantiel renvoie à des réalités très différentes selon le contexte. Elle peut désigner la gestion déléguée de sinistres, la gestion administrative d’un portefeuille de contrats appartenant à un tiers, ou encore la gestion financière de contrats d’assurance-vie en unités de compte dans le cadre d’un mandat d’arbitrage. Chacune de ces activités obéit à un cadre réglementaire distinct et peut nécessiter une capacité professionnelle supplémentaire ou une immatriculation complémentaire.
Il convient notamment de distinguer les activités qui relèvent exclusivement de la distribution d’assurance au sens de la Directive DDA 2016/97/UE de celles qui s’apparentent à une gestion de patrimoine ou à une gestion financière, relevant alors du statut de conseiller en investissements financiers (CIF) ou de gestionnaire de portefeuille encadré par l’AMF. Ce point de friction est au cœur des questions posées par les courtiers qui souhaitent diversifier leur offre.

Immatriculation COA et mandat de gestion : les limites du périmètre courtier
Un courtier immatriculé en catégorie COA est autorisé à exercer l’ensemble des actes constitutifs de la distribution d’assurance : présentation des contrats, conseil, conclusion et exécution des contrats, y compris la gestion et l’exécution des contrats en cours. Cette dernière composante, souvent méconnue, est expressément prévue par l’article L511-1 du Code des assurances et par la Directive DDA 2016/97/UE en son article 2. Ainsi, la gestion courante d’un contrat souscrit par un client — modification de garanties, déclaration de sinistre, suivi des indemnisations — s’inscrit dans le périmètre naturel du courtier COA sans nécessiter d’immatriculation supplémentaire.
En revanche, lorsque le mandat de gestion dépasse ce cadre pour porter sur des arbitrages financiers entre supports d’investissement dans un contrat d’assurance-vie, la situation change radicalement. L’ACPR considère que la réception de mandats d’arbitrage écrits conférant au courtier le pouvoir de décider seul des mouvements sur le contrat constitue une activité de gestion pour le compte de tiers au sens financier, susceptible de relever de la réglementation de l’AMF plutôt que du seul Code des assurances. C’est pourquoi, comme le détaille notre analyse sur le mandat d’arbitrage en assurance-vie et ses implications DDA et ACPR, la frontière entre distribution et gestion financière est ténue et doit être appréhendée avec rigueur.
Par ailleurs, si le courtier souhaite exercer une activité de mandataire d’assureur pour distribuer des produits sous mandat direct d’une compagnie — activité distincte du courtage pur — il devra alors s’immatriculer également en catégorie MA auprès de l’ORIAS et justifier d’une capacité professionnelle correspondant à cette catégorie. Le cumul de catégories est possible mais chacune impose ses propres exigences. Ce sujet est également traité dans notre dossier sur le cumul de statut courtier et agent général auprès de l’ORIAS.
Capacité professionnelle IAS : quel niveau pour quelle activité ?
La capacité professionnelle IAS est régie par les articles R512-8 et suivants du Code des assurances. Elle conditionne l’immatriculation à l’ORIAS et doit correspondre au niveau d’activité effectivement exercé. Trois niveaux sont définis :
| Niveau IAS | Profil concerné | Durée de formation initiale | Périmètre d’activité autorisé |
|---|---|---|---|
| IAS 1 | Dirigeant ou responsable de la distribution, COA / AGA / MA dirigeant | 150 heures (sans expérience préalable) | Ensemble des actes de distribution, conseil, gestion de contrats |
| IAS 2 | Salarié ou mandataire habilité par un intermédiaire | 150 heures (parcours adapté) | Distribution sous supervision, actes délégués par le mandant |
| IAS 3 | Dirigeant ou responsable dans une structure de courtage | 150 heures (orientation management) | Encadrement de la distribution, gestion de l’activité de courtage |
Pour un courtier COA souhaitant ajouter une activité de gestion pour compte de tiers restant dans le périmètre assurantiel strict, aucune capacité IAS supplémentaire n’est a priori requise si cette activité s’inscrit dans la continuité de la distribution d’assurance telle que définie par la DDA. En revanche, si l’activité ajoutée relève d’une nouvelle catégorie d’immatriculation ORIAS (par exemple MA ou MIA), une justification de capacité professionnelle correspondant à cette catégorie devra être fournie, même si le professionnel dispose déjà d’un niveau IAS 1 pour son activité COA.
Il convient également de souligner l’importance de la formation continue DDA de 15 heures par an. Cette obligation, issue de l’article L512-6 du Code des assurances, s’applique à l’ensemble des catégories et doit être justifiée lors du renouvellement annuel de l’immatriculation. Elle couvre l’activité effectivement exercée et non la seule catégorie d’immatriculation initiale : si le courtier gère désormais pour compte de tiers dans un cadre élargi, ses 15 heures annuelles devront intégrer les thématiques correspondantes.
Déclaration à l’ORIAS : les obligations concrètes en cas d’ajout d’activité
L’ORIAS exige que toute modification substantielle de l’activité d’un intermédiaire soit déclarée dans les délais réglementaires. L’article R512-14 du Code des assurances impose une mise à jour du dossier d’immatriculation en cas de changement de catégorie ou d’ajout d’une activité relevant d’une nouvelle catégorie. Le défaut de déclaration expose l’intermédiaire à une radiation du registre ou à des poursuites pour exercice illégal de l’activité d’intermédiation. L’ACPR rappelle régulièrement sur son site que le périmètre de l’immatriculation doit refléter fidèlement l’activité réelle exercée.
En pratique, la démarche de déclaration d’une activité de gestion pour compte de tiers à l’ORIAS suppose de :
- Vérifier si l’activité envisagée relève d’une nouvelle catégorie d’immatriculation (COA, MA, MIA) ou s’intègre dans la catégorie existante ;
- Identifier si une capacité professionnelle IAS distincte est exigée pour cette nouvelle catégorie ;
- Préparer les justificatifs de capacité professionnelle (diplôme, expérience validée, ou attestation de formation IAS) ;
- Mettre à jour le dossier ORIAS en ligne avant de commencer à exercer la nouvelle activité ;
- S’assurer que la garantie financière et la responsabilité civile professionnelle (RCP) couvrent bien le nouveau périmètre d’activité ;
- Adapter les obligations DDA : document d’information précontractuelle, politique de gestion des conflits d’intérêts, et traçabilité du conseil.
Le cas du courtier exerçant également en tant que conseiller en gestion de patrimoine (CGP) est particulièrement illustratif de cette complexité. La double casquette courtier/CGP implique souvent une double immatriculation, une double capacité professionnelle et des obligations DDA renforcées. Notre article sur le courtier CGP et la double capacité IAS à déclarer à l’ORIAS détaille précisément cette configuration.
Gestion pour compte de tiers et obligations DDA renforcées
Indépendamment de la question de la capacité IAS, l’exercice d’une activité de gestion pour compte de tiers dans le cadre assurantiel intensifie les obligations issues de la Directive sur la distribution d’assurance. Le devoir de conseil prévu par les articles L521-1 et suivants du Code des assurances s’exerce avec une acuité particulière lorsque le professionnel dispose d’un mandat de gestion : il ne se contente plus de conseiller, il agit. Cette responsabilité accrue impose une documentation exhaustive de chaque décision prise pour le compte du client, une traçabilité des instructions données et reçues, et une révision périodique de l’adéquation du mandat à la situation personnelle du client.
La politique de gestion des conflits d’intérêts doit également être réexaminée : un courtier qui gère pour le compte d’un tiers peut se trouver dans une situation où ses intérêts propres ou ceux d’autres clients divergent des intérêts du mandant. L’ACPR est particulièrement attentive à ce point dans ses contrôles des intermédiaires exerçant des activités mixtes distribution/gestion.
Enfin, la gouvernance des produits (POG) exige que le courtier gérant pour compte de tiers s’assure que les produits utilisés dans le cadre du mandat correspondent bien au marché cible défini par le concepteur. Cette obligation, souvent sous-estimée dans les configurations de mandat, fait partie intégrante du dispositif DDA et doit être intégrée dans les processus internes du cabinet.

Questions fréquentes
Un courtier COA doit-il obtenir une capacité IAS distincte pour exercer un mandat de gestion pour compte de tiers ?
Pas nécessairement, si l’activité de gestion pour compte de tiers s’inscrit dans le périmètre de la distribution d’assurance telle que définie par le Code des assurances et la DDA. La catégorie COA couvre la gestion et l’exécution des contrats en cours. En revanche, si cette activité relève d’une nouvelle catégorie d’immatriculation ORIAS (MA, MIA) ou franchit la frontière de la gestion financière relevant de l’AMF, une capacité professionnelle distincte et une immatriculation complémentaire sont obligatoires. Une analyse précise de la nature de l’activité envisagée est indispensable avant toute démarche.
Faut-il mettre à jour son dossier ORIAS avant de commencer à gérer pour le compte de tiers ?
Oui, de manière impérative. L’article R512-14 du Code des assurances impose de déclarer tout changement substantiel d’activité à l’ORIAS avant de commencer à l’exercer. Exercer une activité sans l’immatriculation correspondante constitue une infraction susceptible d’entraîner une radiation du registre et des sanctions de l’ACPR. La mise à jour préalable du dossier est une obligation non négociable.
Les 15 heures de formation DDA annuelles couvrent-elles l’activité de gestion pour compte de tiers ?
Les 15 heures de formation continue DDA par an s’appliquent à l’ensemble des activités exercées par l’intermédiaire. Si le courtier développe une activité de gestion pour compte de tiers, il est fortement recommandé que son plan de formation intègre des modules spécifiques à cette activité — devoir de conseil renforcé, gestion des conflits d’intérêts, documentation des décisions de gestion. academieconformite.fr propose des formations DDA adaptées aux configurations multi-activités.
Quelle est la différence entre gestion de contrats dans le cadre COA et mandat d’arbitrage financier ?
La gestion de contrats dans le cadre COA désigne les actes administratifs et relationnels liés à la vie du contrat : modifications de garanties, déclarations de sinistres, suivi des remboursements. Le mandat d’arbitrage financier, lui, confère au courtier le pouvoir de décider seul de mouvements financiers sur un contrat d’assurance-vie en unités de compte. Cette seconde activité dépasse le périmètre DDA et peut relever de la réglementation AMF. La distinction est fondamentale et academieconformite.fr conseille aux professionnels d’obtenir un avis juridique avant de proposer ce type de mandat.
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